Vat Xieng Thong

Vat XiengThong Vora Maha Vihane d'hier à aujourd’hui

 

Au promeneur éberlué qui découvre avec stupeur au détour de la rue Rouget-de-Lisle la silhouette gracieuse et exotique de la pagode Vat Xieng Thong Vora Maha Vihane , on peut assurer qu’il ne rêve pas et que quelque génie malicieux ne l’a pas transporté d’un coup de baguette magique de la capitale du Languedoc-Roussillon  à la lointaine et mystérieuse Luang-Prabang au nord du Laos.

 

Là, devant lui, exactement découpée dans le ciel bleu de Montpellier, s’élèvent ses trois toitures enchevêtrées, sommées à chaque pointe d’un « Ngo » couleur obsidienne, orientées strictement vers l’Extrême-Orient, coiffant un bâtiment aux proportions contenues aux tons jaune safran et  terre-de-Sienne, juché sur un perron haut exactement de 7 marches : l’effet est surréaliste.  

 

Les riverains des immeubles en face qui ont aussitôt intégré l’étrange et belle silhouette à leur panorama quotidien, arborent volontiers un sourire indulgent devant l’étonnement du touriste, eux qui contemplent tous les jours l’étrangère, élégante désormais familière qui demeure près de chez eux.

 Les pensionnaires de la Maison de retraite eux aussi, se sont bien vite satisfaits de cette présence apaisante et sereine…

 

Tout autour, des clôtures provisoires, des barrières de chantiers et quelques machines de terrassement sur un terrain vague  indiquent que le chantier n’est pas terminé, et que beaucoup reste à faire même si déjà, l’essentiel est là : face à la pagode proprement dite d’étonnants bâtiments bas, aux toits de verdure de bois et de tuiles à l’ancienne forment avec la pagode un complexe étonnant de sophistication et de simplicité…bouddhique : le Centre Cultuel et Culturel laotien est bien, comme l’annonçait le Midi Libre dans un article prémonitoire de 2004, un chef d’œuvre, au sens architectural et artisanal  du terme.  

 

Un chef d’œuvre qui est aussi, il faut le souligner, le résultat d’un miracle d’initiative, d’imagination, de persévérance et de dévouement  d’une petite association laotienne qui, en 1992, avec une audace et la foi dont on dit qu’elle soulève des montagnes, a osé concevoir et entreprendre le projet follement ambitieux que nous voyons aujourd’hui sous nos yeux, sinon en cours d’achèvement, du moins en phase de réalisation.

 

Il faut s’arrêter un instant et tirer son chapeau à cette petite association de  laotiens, créée par Bounhéng SAIGNAVONGSA, qui a su tirer de l’amère expérience de l’exil forcé ce qu’il faut de générosité et de cœur pour offrir au pays d’adoption le plus beau de leur culture et de leurs traditions, le plus sacré aussi, de leurs convictions.

 

Soutenue par une petite armée de donateurs généreux et confiants, l’association Lao du languedoc-Roussillon  a poursuivi ses efforts, rejoints par une équipe d’architectes d’entrepreneurs et d’artisans dont on trouvera les noms ci-dessous.

 

 Leur talent et leur dévouement se mesurent à l’œil nu, qui donnent à voir, dans la lumière du couchant Occitan,  le mariage harmonieux des savoirs de chez nous et des mystères de l’Extrême-Orient.

 

 

Gilles-Olivier Silvagni

La pagode Vat Xieng-Thong de Montpellier prend de l'ampleur.  Quatre ans après avoir inauguré la sala, grande salle à vocation religieuse et festive, et le kouti, logement du vénérable ou bonze, elle se dote désormais de son temple (vihan) dont la conception s'ordonne entièrement autour de l'emplacement de la pierre mère de 500 kg en granit qui sera implantée et scellée au cœur de l'édifice le jour de la cérémonie inaugurale, avant d'être couverte de feuilles d'or. 

 

L'axe au centre duquel se trouve la pierre mère symbolise la voie du Bouddha qui est la voie du juste milieu, souligne l'architecte Jean-Christophe Marchal.

Il détermine une parfaite symétrie entre partie gauche et partie droite, entre partie chaude  et partie froide, et tous les composants du bâtiment s'intègrent dans cette symétrie.

La construction, basée sur la morphologie du temple de la pagode Vat Xieng Thong existante au Laos,  suit fidèlement  les principes de la haute qualité environnementale (HOE).

Il a fallu l'adapter aux contraintes spécifiques de la France. Jean-Christophe Marchal  indique: Une recherche graphique importante a été nécessaire afin de respecter les proportions et le design du temple modèle laotien, alors que l'enveloppe du temple de Montpellier est différente pour faire face aux contraintes thermiques et acoustiques. Par exemple, des panneaux en fibre de bois assurent l'isolation thermique. Notre équipe a donc dû concevoir un nouvel ensemble de courbes figurant l'harmonie géométrique, puis donner les indications au bureau d'études afin qu'il valide les calculs.  60 m3 de bois brut pour réaliser le chantier.

 

Quant aux matériaux, la priorité va aux produits naturels, en particulier au bois qui, « des racines aux feuilles, symbolise l'union entre la terre et le ciel. »

 

Le chantier a nécessité 60 m3 de grumes de thuyas et de cèdres originaires de Normandie et la quantité de bois entrant dans la construction atteint 29 m3.

 

À l'intérieur du temple d'une surface de 70 m2 utiles, six piliers ronds en cèdre, hauts de 7,5 m et d'un diamètre de 45 cm, matérialisent l'allée centrale. Deux autres, de 3,9 m de haut seulement, complètent les structures verticales intérieures.

 

Pour réaliser l'auvent et le mur d'enceinte, 24 poteaux carrés (section de 36 X 36 mm et hauteur de 2,7 à 5,3 m) en thuya auront été nécessaires.  

 

La spectaculaire toiture se compose de plusieurs bandeaux en mélèze cintrés pour lesquels “ les courbes ont été calculées par rapport au centre du temple, afin d'obtenir une symétrie parfaite ", précise Jean-Christophe Marchal.  

 

L'ossature principale de la charpente est constituée de fermes et de structures en bois reposant sur les poteaux et murs d'enveloppe. Des pannes, chevrons et carrelets supportent les tuiles plates à tenon en terre cuite.

 

Denis Glemin, le conducteur de travaux des Ateliers Férignac à qui est revenu le lot structures bois, précise, quant aux procédés utilisés : “ Au niveau de la charpente, nous avons eu recours à la technique de l'embrèvement en gorge (ergot) pour l'assemblage des arbalétriers. Celui des chevrons est de type tenon/mortaise et queue d'aronde, comme l'assemblage des résilles en thuya au plafond intérieur du bâtiment.”

 

Toujours pour la toiture, sur les deux murs en façade et à l'arrière du bâtiment, des rives maçonnées (cordons en mortier) assurent la jonction entre les tuiles plates et les bandeaux cintrés.

 

Jean-Christophe Marchal insiste sur la qualité de l'exécution par les Ateliers Férignac : “ Ce travail de maçonnerie nécessairement en courbe et fait à la main a été remarquable ", insiste-t-il. Après l'achèvement des travaux de structure en mai dernier, l'Association Lao du Languedoc-Roussillon, maître d'ouvrage, prévoit de faire monter des panneaux de teck sculpté de 7 cm d'épaisseur comme parement des murs extérieurs.

 

Pour l'habillage intérieur, elle envisage d'utiliser du bois de rose (maïdou) caractérisé par sa très forte densité et sa couleur marron foncé. Parmi les nombreuses décorations, cinq têtes de naja (dragon ou serpent) ornent déjà le toit.

 

D'autres seront installées le jour de la cérémonie d'inauguration, ainsi que plusieurs objets reflétant la philosophie bouddhiste.

 

Jean-Christophe Marchal explique: « Alors que la pierre mère, centrale, symbolise la terre, un os d'homme éveillé - un bouddha - sera placé dans une toute petite chapelle en haut du temple. Il est la marque du nirvana. » Un état de détachement dans la sérénité et sans aucune souffrance.

 

Yves TOPOL